Ultra Trail du Tour du Canton 2016

Cette course n’était pas prévue au calendrier 2016.

Le coach m’avait prévu une belle petite saison de cross hivernale pour me préparer à la prochaine saison de trail. Ca, c’était la théorie… 

76 kilomètres et le Grand Trail des Templiers plus tard, je m’inscrivais à l’Ultra trail du tour du canton qui avait lieu 5 semaines après les Templiers, autant dire trop tôt. Mais ça aussi c’est la théorie.

Parce que dans la pratique, l’idée de partager un weekend en Normandie avec mon père était bien plus sympathique qu’aller braver le froid et la boue en short lors des différents cross prévus initialement.

Et puis des cross il y en a tous les ans, des weekends normands avec mon père, beaucoup beaucoup moins.

Vendredi 2 décembre : départ pour la Normandie

Nous voilà donc partis vendredi après-midi en direction de Goderville, village très accueillant dans lequel nous séjournerons jusqu’au dimanche, la course ayant lieu samedi.

Après un bref passage à Beuzeville-la-grenier pour récupérer le dossard et effectuer le contrôle du sac auprès des gentils bénévoles, nous arrivons à destination, déballons les valises, enfilons les tenues de running, et nous voilà dans les rues sombres de Goderville pour un petit footing de 20 minutes à la lumière de la frontale. Il fait bon, on discute, les jambes répondent bien aux quelques accélérations, tout s’annonce bien pour le lendemain.

Nous rentrons au chaud et après une bonne douche et un bon repas, enfin le traditionnel jambon pâtes complètes, il est temps de préparer les affaires.

Je commence par ma tenue, et après une longue hésitation et en concertation avec mon père, je partirai en short, le fameux short trail Kalenji avec le cuissard de compression intégré, un short vraiment top ! Pour le haut, ce sera du classique, une première couche technique avec un haut Compressport, un Mizuno manches longues équipé de la technologie Breathe Thermo en seconde couche et ma veste Gore comme dernier rempart pour affronter le froid normand.

Bien évidemment, je n’oublie pas les gants et le buff pour protéger les extrémités. Ca va cailler ! Et comme je ne compte pas partir à 15 km/h, ça risque de piquer !

Pour la première fois, j’aurais une assistance sur la course. En effet, mon père sera présent sur tous les ravitos avec le matos et la nutrition adéquats. Ca va être bien sympa de se sentir coureur élite l’espace d’une course. Enfin, vous verrez que cela ne va pas vraiment se passer comme prévu mais chut, ne spoilons pas !

Samedi 3 décembre : la course

Pour une fois, la nuit a été bonne, zéro stress ce qui m’inquiète, moi qui suis de nature anxieuse notamment avant une course aussi longue. Réveil à 4h25, petit déj composé du traditionnel Gatosport et d’un thé à la menthe sucré de miel. Je m’habille tranquillement et nous prenons la route pour Beuzeville. Toujours aucun stress en arrivant au gymnase et en découvrant les 200 traileurs aussi dingues que moi, attendant au chaud le départ de cette belle aventure.

Le speaker nous présente Patrick MALANDAIN, qui a juste un parcours incroyable. Paris Istanbul, traversée de l’Australie, 100 kms par jour pendant 100 jours… Juste impressionnant ! (pour la petite histoire et ma grande fierté, j’ai fini 30’ devant lui).

Après le désormais traditionnel briefing d’avant-course, nous rejoignons la ligne de départ dans le centre-ville. Un dernier bisou à mon père et hop, à 6h pétantes, le départ est donné en musique et sous la fumée rose des fumigènes. Je pars doucement, je ne sais pas du tout à quoi m’attendre et comme j’ai toujours tendance à partir trop vite, je ne m’enflamme pas. La route va être longue puisque je prévois de terminer ce beau périple en onze heures.

C’est parti pour environ deux heures avant le lever du soleil. Le premier ravito est à 19 bornes et j’ai prévu de l’atteindre en 2h20. Je suis large. J’arrive dans les rues de Bolbec après 1h40 à seulement 20 minutes des leaders qui sont partis comme des flèches. Mon père m’attend, je remplis mes gourdes, vides ma poche à déchets (eh oui, je ne laisse pas mes détrituts en pleine forêt MOI !). J’ai juste ingéré un gel au bout d’une heure de course, je sens que la journée va être longue pour mon système digestif…

Je repars rapidement du ravito pour ne pas me refroidir, le buff a fait place à la casquette à l’envers. Le prochain ravito à l’Abbaye de Gruchet en Valasse est dans 19 bornes également. Je repars à un bon rythme et les marches nous ramenant vers les plateaux ne me freinent pas plus que cela. Pourtant, vers le 30e kilomètre, je suis dans le dur. Je ne mange plus depuis une heure et la boisson iso a aussi du mal à passer. Foutu estomac ! Promis, je ne repartirai pas sur un Ultra avec des gels et de la boisson isotonique. Il va vraiment falloir que je trouve une alternative côté nutrition.

Les 5 derniers kilomètres avant le deuxième ravito sont durs, très durs ! L’idée
d’abandonner envahit toute ma tête et le parcours boueux nous menant à l’Abbaye n’aide pas à apaiser l’envie. J’arrive tant bien que mal au ravito où mon père me demande comment ça va. Je lui réponds bof bof et je me pose au chaud avec du coca dans mon gobelet. Un passage express aux toilettes, un dernier coca, et je repars pour 13 bornes et la remontée vers Tancarville Le Haut.

Le bide va mieux mais les longues portions de forêt m’ennuient profondément. J’en profite pour envoyer une vidéo à ma femme dans laquelle j’interprète Mariah Carey. Ne me demandez pas ce qu’il se passe dans ma tête à ce moment de la course. Craquage ! Un sentiment d’euphorie que je n’ai connu que pendant des ultras. J’avais eu les mêmes passages un peu fous sur la Saintélyon et les Templiers. C’est sans doute le cerveau qui déconnecte. Et c’est pas plus mal ! Parce que ça m’évite de penser aux nombreux kilomètres qu’il reste à parcourir !

Le troisième ravito est atteint après 51 kilomètres de courses. Je suis toujours en avance d’une bonne heure sur les 11 heures prévues. Ca sent bon la perf !!! Mais les jambes commencent à être lourdes et les racines et autres petits rochers de plus en plus difficiles à franchir. Mon père me rebooste et je repars cette fois pour 16 bornes !

Prochain ravito à Mélamare, dans les hauteurs normandes. Trois descentes et deux belles bosses avant d’y parvenir. Je me sens mieux, je discute avec un coureur qui m’explique qu’il a fait 4 fois la course en Run & Bike, chapeau ! Nous nous permettons même le luxe de dépasser Patrick MALANDAIN, le traileur bien plus fou que moi quelques kilomètres avant le ravito. Les jambes vont mieux et le bide se contente de coca et de gels avec bonheur. Je reçois des textos et des appels de mes proches, et je peux vous dire que ça redonne des ailes !

J’atteins le ravitaillement des 67 kilomètres, tout va bien ! Encore une descente de 6 kilomètres vers le stade de Bolbec et il sera temps d’affronter les 9 derniers pour rallier l’arrivée à Beuzeville.

L’arrivée au stade se fait en souffrance avec des crampes aux ischios gauches. Je me masse tranquillement au ravito, un gel et un coca, et c’est reparti.

Je cours dans toutes les bosses ! Je mettrai 50 minutes pour parcourir les 9 derniers kilomètres qui me séparaient de l’arrivée. Mon père m’attend 200m avant la ligne. Je cours derrière lui, j’en ai les larmes aux yeux, larmes qu’il ne verra pas, tiraillé que je suis par une crampe juste avant de passer sous l’arche d’arrivée. Un dernier effort pour parcourir les dix derniers mètres, c’est fait, je suis finisher pour la troisième fois d’un trail de plus de 75 kilomètres ! Après avoir rendu mon dossard, je tombe dans les bras de mon père, tellement fier d’avoir partagé cette incroyable aventure avec lui !

Après un bon repas chaud et une bonne bière offerts par l’organisation, nous retournons dans notre beau petit loft dans le centre de Goderville. La douche chaude est délicieuse et la petite session télé affalés dans le canapé un vrai régal.

Vite, il est l’heure de l’apéro et de la crêperie.

Et demain, après un passage chez le caviste, nous rentrerons sur Paris raconter ce beau weekend plein de souvenirs à nos chères et tendres qui nous attendent impatiemment… ou pas.

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