Grand Trail des Templiers 2016

L’heure du récit !

C’est sur la route du retour vers Paris que j’écris ma prose. La route depuis Millau est quand même bien plus courte et beaucoup plus rapide que celle que j’ai empruntée hier.

Hier c’était le Grand Trail des Templiers. La course la plus historique de l’hexagone et sans doute l’une des plus renommée pour les passionnés d’ultra trail.

Après avoir récupéré mon dossard au salon du trail samedi vers 18h nous nous rendons avec ma femme et ma fille à St-Affrique, petit village à 30 minutes de Millau, transformé le temps d’un weekend en capitale nationale du trail, avec des courses du vendredi au dimanche sur différents formats pour les plus jeunes mais aussi les plus fous comme Laurent Desmet, Apostolos Teknetzis, Raphaël Comba ou Thomas que j’ai eu le plaisir de croiser samedi soir après la déception de son abandon sur l’Endurance trail et dimanche matin très tôt à Peyreleau pour le 1er ravito du Grand Trail.

A peine arrivé à l’appartement que nous avions loué pour l’occasion et que nous ne vous recommanderons pas, les préparatifs pour le lendemain commencent. Je prépare la tenue, le sac avec les gourdes et les différents ravitos mais aussi le petit dej du dimanche et le sac que me remettront les plus belles supportrices du monde à Pierrefiche au kilomètre 49 qui contient quelques victuailles pleines de glucose et un tshirt bien sec et bien chaud.

Le réveil à 4h se révélera inutile étant donné qu’à 2h30 je n’arrive plus à dormir. Je me lève vers 3h30 et le rituel d’avant course que connaissent bien les coureurs aussi fous peut commencer. Petit dej composé d’un thé à la menthe et au miel et de crème ultra breakfast achetée chez Décathlon et que je recommande car très bonne et très digeste.

Je prends la route vers 4h30 et arrive à Millau la musique à fond. Il est temps de rejoindre le départ avec les 2500 autres coureurs. Je laisse les gants dans la voiture, la température étant déjà très douce malgré l’heure bien matinale.

Le départ avec les fumigènes rouges et sur fond de Era est toujours aussi prenant. Il est 6h00 et c’est parti pour 76 kilomètres de plaisir mais aussi de souffrance éventuelle.

Le coach m’ayant bien briefé sur mes allures de course je démarre tranquillement sur les 2-3 premiers kilomètres de bitume nous amenant au pied de la première bosse à Carbassas.

Le rythme est bon, je m’alimente bien, après 1h de course RAS. Le premier plateau s’offre à nous avec environ 15 bornes de plat avant de redescendre vers Peyreleau pour le premier ravito au kilomètre 23. Quelques problèmes digestifs m’obligent à lever le pied mais je gère. J’atteins Peyreleau et son ambiance explosive après 2h45 de course comme prévu. Un ravito éclair où je ne fais que remplir mes gourdes et me revoilà parti vers Saint André bâtons à la main, prêt à affronter la 2e difficulté du jour.

La fréquence cardiaque n’est pas bonne. Je suis pourtant bien mais mon mal de bide me bloque la respiration et fait monter les puls. Ma montre me rappelle à l’ordre toutes les 2′ pour le plus grand bonheur des coureurs qui m’entourent. Après quelques pauses histoire de ne pas me cramer inutilement et de laisser mon bide tranquille, j’atteinds le second ravito à Saint André après 4h40 de course. Encore un ravito éclair et 3′ après je repars. Je ne fais pas l’erreur de l’an passé où je restais 20′ à chaque ravito pour le plus grand plaisir de l’acide lactique inondant mes cuissots.

Une 3e montée arrive droit devant avant de redescendre vers La Roque Sainte Marguerite. Arrivé à ce point d’eau je ne serai qu’à une heure de Pierrefiche où m’attendent ma femme et ma fille. Ça me booste énormément et la bosse entre La Roque et Pierrefiche longue de 4 kilomètres est avalée en une petite heure.

Cela fait maintenant 7h15 que je “cours” et que je pense à ce moment où je vais serrer ma fille et ma femme dans mes bras. J’arrive à Pierrefiche à 15kmh sur le dernier kilomètre tellement je suis pressé. J’aperçois mes amours et ma fille court vers moi. Ce câlin était le meilleur du monde !!! Je monte vite fait prendre un coca pour mon bide et je redescend embrasser ma femme. C’est de loin le meilleur ravito que j’ai fait ! J’en profite pour changer de tshirt pendant que ma femme me raconte leurs péripéties du jour pour venir jusqu’ici. C’est tout simplement exceptionnel d’avoir une femme comme elle. J’ai dû être vraiment bien vu dans une vie antérieure.

Je resterais bien avec elles mais un gros morceau nous attend avec la montée sur les plateaux et la redescente vers Massebiau où je croiserai sans doute les roches qui m’avaient valu une entorse de la cheville et un abandon au Cade l’an dernier.

Le bide va un peu mieux avec le coca mais je n’arrive plus à manger de solide sucré. Je me contente donc de la boisson isotonique. Les 16 kilomètres séparant Pierrefiche de Massebiau se feront en 2h45 avec un dernier kilomètre avalé à 15-16 kmh sous la ferveur du public présent en nombre et chaud bouillant. J’entends crier “Chouuuuuuuu”. Et oui j’ai failli rater ma femme pour la première fois de la journée. Je fais le plein de câlins et d’eau avant d’attaque le juge de paix comme se plaît à la décrire l’organisateur des Templiers, la montée vers la Ferme du Cade et ses 600m de D+ sur 4kms. Je sais qu’à partir de là je vais aller au bout et prendre ma revanche sur cette course qui m’a hanté une année durant.

Un dernier bisou à mes chéries avant de leur donner rendez vous sous l’arche d’arrivée et je m’engage tambours battants dans l’enfer du Cade. Une pause au milieu sera nécessaire tant je voyais d’étoiles au fur et à mesure que je montais. J’ai un vrai coup de moins bien. Un de ceux qui peuvent vous faire abandonner une course. Mais pas aujourd’hui, pas pour mes femmes, mon entourage, tous les gens qui croient en moi sur cette course.

Je repars après un arrêt de 5′ et en referai un après la fin de la montée pour profiter de la vue et manger une barre, l’appétit étant de retour. 1,5 kilomètre plus loin après un faux plat dans une forêt de conifères, je me retrouve là où tout s’est arrêté l’an passé, strap à la cheville et couverture de survie sur les épaules recouvrant mes espoirs d’être finisher de ce mythe après 13h50 de course.

Mais cette fois je suis sur mes deux jambes après 12 heures de course. Une bonne soupe bien chaude, quelques Tuc et morceaux de gruyère, du coca dans les gourdes et quelques plaisanteries entre trailers sur la folie d’être ici et de faire cela. Je repars pour la dernière difficulté de la journée, la montée vers l’antenne du Pouncho d’Agast. Je pense à ma femme et ma fille et j’en ai les larmes aux yeux. La montée vers le Pouncho commence. Un truc de dingue, de malade !!! 600m de dénivelé sur 3 kilomètres. Des marches à gravir à l’aide des mains tellement elles sont hautes. Le tout à flanc de falaises avec un vent fort qui ne rassure pas. Surtout après 13h de course.

Mais je le fais parce qu’aussi près du but je gravirai l’Everest en short et en tongs s’il se présentait à moi.

Nous passons par la grotte du Hibou, véritable joyaux naturel et nous redescendons vers Millau où la voix du speaker résonne dans la nuit tombée depuis quelques heures.

Une descente façon pierrier bien glissant aussi interminable qu’ennuyeuse tant il me tarde de retrouver mes supportrices pour franchir l’arche d’arrivée. Après un dernier sprint sur un bon kilomètre pendant lequel j’entends plusieurs spectateurs me dire de ralentir, il m’arrive une nouvelle fois à l’oreille un “Chouuuuuu” qui me remplit de joie ! Je prends ma fille dans mes bras et donne la main à ma femme pour les 50 derniers mètres de ce périple intense, éprouvant, éreintant mais tellement jouissif ! Un de ces voyages où vous puisez au fond de vous même et y trouver une force insoupçonnable et insoupçonnée.

Je suis finisher des Templiers 2016 !

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