Saintélyon 2013

Pour ceux qui ne le savent pas, la Saintélyon est un ultra trail nocturne.

En langage familier, cela veut dire « une course de nuit dans les monts lyonnais qui fait bien mal ! ».

Quitter la Capitale pour rejoindre celle des Gaules, telle était notre mission. Rendez-vous est donné à 13h ce samedi 7 décembre à la gare d’Asnières avec Romain, mon pote du Courbevoie Triathlon avec lequel j’ai décidé de me lancer dans cette folle aventure.

Un dernier détour pour acheter du Compeed en prévision d’éventuelles ampoules. N’ayant jamais couru plus de 4h15 (marathon Paris 2013), je ne savais pas comment mon corps allait réagir à cette si longue sollicitation.

Nous voici donc sur le quai, bien chargés, le train approchant. Arrivés à Saint-Lazare, la ligne 14 du métro nous amènera à la Gare de Lyon où le TGV de 13h58 en direction de la Part Dieu nous attend.

Nous sommes dans la voiture 5, prêts au départ. La femme de Romain lui a envoyé une vidéo avec des messages de soutien des amis, de la famille. Nous sommes morts de rire, détendus… Cela ne va pas durer.

Le TGV démarre. Premier arrêt au Creusot après une heure de route. Nos visages sont fermés, nous sommes crispés. Nous tentons de dormir mais l’esprit est ailleurs, déjà dans la course peut-être… Dans neuf heures, nous nous élancerons pour 75 kilomètres. Nous ne savons pas comment nos corps vont réagir au froid, à la distance, à la fatigue.

Romain mange le petit plat de riz qu’il s’est préparé tandis que je me contente d’amandes.

Le TGV repart, prochain arrêt Lyon Part Dieu, le nôtre ! Dix minutes avant, une traileuse à côté de nous lâche un « ceux qui font 75, franchement respect » lourd de sens… Nous arrivons à Lyon à 16h15. On se dirige vers le métro B (bien plus propre et spacieux que celui de Paris en passant) en direction du Palais des sports de Gerland, à deux pas du stade qu’occupe l’Olympique Lyonnais de Jean-Michel Aulas. Il fait frais, il y a foule, la tension monte.

Les navettes pour Saint-Etienne attendent les trailers le long de la route qui mène au Palais des sports. On récupère nos dossards, on remplit le formulaire de sécurité (ça fait peur !) et direction les stands de célèbres marques pour se réchauffer un peu et s’aérer l’esprit. Nous en ressortirons avec le dernier bouquin de Kilian Jornet, le Zlatan Ibrahimovic du trail.

On ressort pour attendre Seb, un ami de Romain, le troisième de la bande. Seb est là, il est temps de monter dans la navette, direction Saint-Etienne !

Une heure de navette plus tard, nous y voilà. Le Parc des expositions de Saint-Etienne nous fait face. Il est encore assez vide comparé au nombre de participants inscrits (environ 14 000 sur toutes les épreuves). Nous y voyons des trailers assis, couchés sur des tapis de gym, blottis dans des duvets, certains ont même des transats ! Nous nous installons derrière les gradins, loin du brouhaha et des lumières. Une collation chaude avalée et nous faisons l’inventaire de notre équipement.

Romain nous dévoile le programme, repas à 20h, sieste ensuite, et début de la préparation à 22h. Tout est réglé, nous ne laissons rien au hasard, la course s’en chargera. Dans quatre heures, il sera temps d’affronter le froid… Nous sortons donc nos tupperware remplis de pâtes ou de riz. C’est froid, sans saveur, mais ça nous remplit l’estomac et c’est le principal.

22h00, après quelques micro-siestes pas très profondes, le speaker nous réveille doucement pour nous dire qu’il est temps de commencer à s’habiller. Nous sortons tous trois d’un sommeil léger et commençons notre préparation. Les gestes sont hésitants, Seb perd sa frontale, puis ses gants. Romain se masse soigneusement les pieds tandis que je pose mes affaires les unes à côté des autres sur mon tapis de gym.

Nous sommes pratiquement habillés et nous avons déjà chaud. Nous décidons d’enlever une couche de vêtements en attendant le départ qui est dans un peu plus d’une heure. C’est le moment que choisit Fabien (collègue du Courbevoie Triathlon) pour faire son apparition. Fabien est un habitué des trails, il nous fait partager son expérience et trouve que nous avons été très optimistes en prenant notre train du retour à 11h38…

Nous passons les coups de fils importants à la famille pour les rassurer. Pour surtout nous rassurer finalement… Car eux sont au chaud dans leur canapé et seront sous la couette pendant que nous affronterons les monts lyonnais.

Nous sortons du parc des expos pour déposer nos sacs à la consigne. Nos sacs nous attendront à Lyon après l’arrivée. Ils devraient mettre beaucoup moins de temps que nous pour rallier la Capitales des Gaules.

23h15, il est temps de rentrer pour rester au chaud en attendant le départ. Nous nous asseyons par terre, essayons de nous décontracter, de plaisanter, mais l’esprit est déjà bien occupé, et la course a déjà commencé.

Nous sommes à quelques minutes du départ dans le sas de départ à environ 300m de la ligne. Le speaker nous motive, nous réchauffe et nous raconte une anecdote incroyable que je vais vous retranscrire aussi fidèlement que possible : « nous avons perdu un membre de l’organisation. Seb était un passionné de trail, de la Saintélyon. Il l’a couru deux fois et a terminé deuxième et cinquième. Seb avait un cancer et malgré les difficultés de la chimio, il courait ! Seb m’a dit un jour ‘si les médecins m’annoncent qu’il me reste 5h40 à vivre, je courrai une Saintélyon’ ». S’en est suivi une minute d’applaudissements exceptionnel d’émotions et recueillement.

Le speaker annonce les dix dernières secondes avant le départ. Nous faisons le décompte avec lui, 3, 2, 1, c’est parti. Nous franchirons la ligne de départ environ sept minutes après les premiers.

L’aventure est lancée, NOTRE aventure est lancée !

Les premiers kilomètres se passent sans encombres. Nous plaisantons dans les montées, la route est sèche, nous profitons du paysage des zones industrielles stéphanoises.

Le balai des frontales dans la neige est somptueux, nous nous régalons !

Arrive enfin la première difficulté. Nous voyons les trailers arrêtés sur le côté, chaussant leurs chaînes pour affronter les routes verglacées qui se profilent. Romain avait eu la bonne idée de nous promouvoir les Ezyshoes, des crampons qui se fixent sous la chaussure. Une vraie bonne idée tant les routes ont été compliquées !

Le premier ravito est au 16e kilomètre, nous l’atteignons après plus de 2h de course. Il est sous une tente qui nous permet de nous réchauffer. Nous sommes encore bien frais mais une boisson chaude et quelques gâteaux sont les bienvenus.

Nous voici repartis après environ dix minutes d’arrêt. Nous sommes plutôt bien lancés, le rythme est lent à cause de la neige et du verglas mais nos ressources ne sont pas encore entamées.

Nous perdrons Romain pendant une dizaine de kilomètres entre le deuxième et le troisième ravitaillement. Nous profitons de ce ravito pour enlever nos chaînes, changer de chaussettes et recharger les camelbak en eau. La fatigue se fait sentir. Nous sommes à plus de la moitié de la course, il est environ 6h30. Nous avons des doutes sur la possibilité d’être à l’heure pour notre TGV vers Paris. Cela rajoute un peu de pression. Il faut dire que le parcours est tellement accidenté que nous sommes parfois obligés de marcher en file indienne pour affronter les diverses difficultés du parcours.

Le soleil se lève enfin, c’est un vrai bonheur dans ces paysages magnifiques. Cela permet de se remotiver, une nouvelle course commence. Il reste environ 33 kilomètres à parcourir. Nous savons que cela va être difficile, mais nous sommes toujours de bonne humeur malgré les douleurs. Romain a mal aux chevilles, Seb dans le haut du dos et mon adducteur droit me fait souffrir à chaque redémarrage après les ravitos. Chacun fait comme il peut pour gérer sa douleur. Seb plaisante, Romain râle et moi je me terre dans le silence. C’est le moment où l’on pense aux proches, où on cherche ce qui aurait pû être optimisé pendant l’entraînement, où l’on regrette les verres de vin rouge de la semaine. Notre corps n’est plus vraiment notre propriété à ce moment de la course…

Le panneau 20 KM nous annonce le quatrième ravitaillement. Il est 9h et nous n’en pouvons plus ! Ce ravito est l’occasion de prévenir nos femmes que nous ne serons pas de retour aussi tôt que prévu. Nous nous imaginons déjà négocier avec la SNCF pour avoir un TGV le plus tôt possible. Après quelques verres de coca et une bonne tablette de chocolat partagée, nous repartons pour les vingt derniers kilomètres. Dans environ deux heures, si tout se passe bien, nous serons finisher de la Saintélyon…

Mon corps attend le panneau 15 KM pour me bloquer net. Des crampes d’estomac tout simplement. Je marche, cours comme je peux, les copains m’attendent. Nous marchons dans chaque montée, nous courrons comme on peut… La douleur est trop forte, je m’arrête derrière un sapin pour me soulager. Cela va beaucoup mieux, j’ai retrouvé une seconde fraîcheur. Il nous reste 15 km et nous sommes bien décidés à aller au bout. Romain et Seb sont aussi crevés que moi, je les motive comme je peux.

Les descentes nous font souffrir tant les douleurs rebondissent dans nos corps meurtris par les 60 kilomètres déjà parcourus.

Nous entrons dans Lyon et apercevons le dernier ravito après avoir descendu quelques 200 marches ! Ce ravito est l’occasion de manger du pain, du saucisson, un peu de fromage, toujours avec du coca. Nous plaisantons avec d’autres trailers, aussi épuisés que nous. Il nous reste 7 kilomètres à parcourir, nous savons que nous allons le faire !

La sortie du ravito est une côté à 18% qui longe l’ancien Aqueduc romain. Pendant deux kilomètres, nous marchons, Seb nous raconte ses achats sur leboncoin, nous sommes ailleurs, nos corps avancent comme ils peuvent…

Nous arrivons sur les quais du Rhône et pouvons apercevoir le Palais des sports au loin, lieu de départ de cette fabuleuse aventure. Le panneau 2 KM apparaît, puis 1 KM… Nous sommes tendus, épuisés, à bout…

Il reste 150m, 100m, 50m, nous nous prenons par les épaules pour les photos finish et nous pénétrons dans le Palais des sports pour franchir la ligne d’arrivée, la vraie ! Après 12h08 d’effort, nous pouvons le dire « on l’a fait » !!!

Nous tombons dans les bras les uns des autres pour nous claquer une bise mémorable ! Nous sommes finisher de la Saintélyon ! Le Tshirt jaune est porté fièrement par dessus toutes nos couches de vêtements. Nous savons que nous la referons sans doute, mais pas demain ! Cette aventure a été exceptionnelle à tous points de vue ! Et la partager avec deux potes est vraiment quelque chose d’incroyable…

Un grand merci à Seb et Romain, à ma femme et mes parents pour leur soutien et aux bénévoles de la Saintélyon, debout toute la nuit pour nous apporter chaleur et réconfort.

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