L’OCC ou l’histoire d’une course hors norme !

Quoi de mieux qu’une course autour du Mont-Blanc pour terminer les vacances en beauté ?

57 kilomètres, 3500m de dénivelé positif, 2 pays traversés (Suisse et France), 1468 coureurs du monde entier, du Mexique au Japon en passant par le Portugal et la Hongrie, c’est plus de 60 nationalités qui sont au départ de la plus petite des courses de l’UTMB, l’évènement trail annuel en France. Une fête d’une semaine dans les rues de Chamonix où même la pluie et le froid n’ont pas réussi à calmer les ardeurs d’un public omniprésent et très très en forme.

Et pour que la fête soit encore plus sympa, je fais la course avec mon pote Fabrice, trail addict lui aussi. On s’était inscrit l’an dernier mais le tirage au sort en avait décidé autrement. Cette année, c’est la bonne. Et après une saison de trails courts, place à du long, du très long, synonyme de souffrance mais également de grands moments d’émotion.

Mon dernier ultra date de décembre 2016 mais la préparation concoctée par Greg est aux petits oignons. De l’endurance en courant, en roulant, en marchant, que du bon pendant les quelques semaines avant l’épreuve.

Mercredi 30 août : départ pour Chamonix

C’est en famille que je pars pour Chamonix mercredi matin. Ma femme nous a réservé un petit chalet très sympa du côté du Lavancher, à 10 minutes de Cham (c’est comme ça qu’on dit là-bas). Nous arrivons sur place vers 18h après avoir déjeuné sur une aire d’autoroute.

A peine garé, je sens l’excitation m’envahir ! Le nom du parking est tout trouvé. Nous sommes à moins de 15 heures du départ, et surtout, il y a un monde fou au salon du trail. Je dois récupérer une veste imperméable trouvée sur leboncoin via Facebook quelques jours avant le départ. Cette veste fait partie du matériel obligatoire donc pas le choix ! Et comme je n’avais pas envie de claquer 150 balles dans une veste qui me servirait très peu, celle vendue par Pierre est une aubaine. Un grand merci à toi au passage. J’ai pu récupérer la veste sur le stand Millet et échanger un peu avec Florent qui m’annonce, comme je pressentais déjà, que la météo risque d’être assez mauvaise jeudi pour la course. Ce sera la première fois que je courrais sous le mauvais temps avec un dossard accroché à la ceinture.

Le salon est une belle occasion de rencontrer Nathalie MAUCLAIR, double championne du monde de trail en 2013 et 2015, rien que ça ! Et dire qu’elle n’a commencé à courir qu’il y a quelques années seulement.

L’animation est vraiment top et je ne résiste pas à une petite photo avec la mascotte de la marque Lurbel.

Il est temps d’aller chercher le dossard. Il me faudra une heure pour repartir avec le précieux sésame. L’organisation est tout bonnement monstrueuse. C’est réglé comme du papier à musique. Chaque bénévole à son poste, avec une mission bien précise pour que les coureurs perdent le moins de temps possible.

La liste du matériel obligatoire est impressionnante mais la montagne ne plaisante pas et il vaut mieux partir trop lourd que trop léger.

Je suis contrôlé sur 4 objets de la liste. Le portable avec le numéro d’urgence de la course et la possibilité d’appeler depuis la Suisse, la lampe frontale, la couverture de survie et la veste à capuche imperméable que j’ai depuis 30 minutes à peine. Ma frontale pose problème. J’ai une batterie USB nomade et le contrôleur a peur qu’elle explose sous la pluie. Fabrice me prêtera donc une lampe torche pour ne pas risquer une pénalité de 30 minutes en cas de contrôle pendant la course.

Le dossard en poche, nous allons déposer nos bagages au chalet avant de rejoindre Fab et sa petite famille chez eux, à Argentière, pour le repas de veille de course ! L’ambiance est au beau fixe, ça rigole pas mal. Je mange du riz, des lentilles et un yaourt. Ce sera suffisant pur ce soir. La nuit s’annonce courte comme toutes les nuits précédant une compétition. Et même si le chrono n’est pas en jeu, le stress de savoir si on va aller au bout ou non est palpable !

Ma fille couchée, il est temps de préparer les affaires pour la course. Je passe en revue tout le matériel obligatoire, prépare mes gourdes (eau uniquement) et ma dizaine de gels fruits de l’exploit, boosters et compotes. Mon sac pèse bien 3 kilos dont 1,2 d’eau, je sens que ça va être assez inconfortable et les douleurs aux trapèzes au moment d’écrire ces lignes me confortent dans ma prédiction. Il est 00h30, l’heure de se coucher, le réveil sonne à 4h15 pour récupérer la navette qui m’emmènera au départ en Suisse, à Orsières.

Jeudi 31 août : jour de course !

Derniers préparatifs

Je me réveille vers 2h. Impossible de refermer l’oeil comme ce fût le cas avant les Templiers fin octobre 2016. Je me lève comme prévu à 4h15 pour les derniers préparatifs. J’avale un café avec mon gatosport. Je me badigeonne les pieds. avec de la Nok, une crème anti-frottements. J’en mets également au niveau des parties intimes mais malheureusement je n’en mettrai pas assez et j’aurai des échauffements sur la fin de course.

Un dernier bisou à ma femme que je dois retrouver à Trient au kilomètre 26 et c’est parti. Il fait nuit et frais, sympa ! Obligé d’allumer la frontale pour rejoindre l’arrêt de bus vers 5h15. Quelques traileurs sont déjà là. Des italiens et un mexicain notamment, vraiment international l’UTMB !

On voit pas mal de navettes passer sans s’arrêter, déjà pleines. Je préviens mon pote Fab qui est 3-4 arrêts après moi pour qu’on essaie de se retrouver dans le même bus.

Après une dizaine de navettes complètes, un fourgon officiel de l’UTMB s’arrête pour nous prévenir que la prochaine sera la bonne. Je m’installe au fond au bon souvenir des années collège. Je garde une place pour mon compagnon de route du jour mais il se retrouvera finalement dans la navette juste derrière la mienne. On aura toute la journée devant nous pour rattraper ce temps perdu.

Attention au départ

Après une belle balade d’environ 1h30, nous arrivons à Orsières, en Suisse. 1400 coureurs attendent entre l’église et l’arche de départ pour enfin lâcher les chevaux dans les montagnes helvètes en direction de notre chère patrie.

Un long discours, la pluie qui se met à tomber, le stress d’avant-course, tout est réuni pour une course épique !

Le départ est donné à 8h15 pétantes et c’est en marchant que nous passons sous l’arche. La montre est démarrée, les fauves sont lâchés, 57 kilomètres pour rallier Chamonix, si possible en bon état. La préparation a été bonne, y’a pas de raison que ça ne tienne pas. J’ai décidé de laisser Fab mener le rythme pour qu’il soit dans les meilleurs conditions pour aller au bout. Il s’entraîne moins que moi et, sans prétention aucune, je n’ai pas envie de le mettre sur un rythme trop élevé pour être cramé dans 15 bornes.

Je me dis même qu’il part un peu vite, mais je suis. On traverse Orsières sous les acclamations d’un public venu en nombre et de tous les écoliers de la ville, venus nous encourager. On leur tape dans les mains, c’est toujours très sympa à vivre.

Le début de course est roulant et on sait que la première grosse bosse est dans 15 bornes. La montée vers Champex-Lac est assez light comparée à ce qui nous attend plus loin. On monte à un bon rythme, je bois quand il faut, il fait chaud malgré la pluie. Je ne mange pas de suite, le gatosport m’ayant bien calé. J’attendrai d’avoir faim pour ouvrir un gel. Je n’ai pas envie de revivre l’épisode Templiers ou Ultra du Canton où j’ai eu mal au bide au bout de deux heures de course.

On a prévu de boucler la course en moins de 12h et après 15 bornes, on est en avance sur les temps de passage. On ne s’enflamme pas, il reste pas mal de bornes avant de retrouver l’arche de l’arrivée et le public chaud bouillant dans les rues de Chamonix.

2-3 verres de coca, remplissage des gourdes en eau, et on repart pour ne pas trop se refroidir. Je n’ai toujours pas faim donc je continue à l’eau et au coca. Pas touche au gel tant que je n’en ressens pas le besoin.

Champex-Lac : 9,6 kms depuis le départ –  1h42 de course – 776m de D+ – 994e

Nous voilà repartis pour une descente assez douce avant de remonter vers La Giète avec 600m de dénivelé sur 5 kilomètres. Ca va piquer, on le sait mais on envoie bien dans la descente. En forêt, super agréable, on remonte pas mal de monde, les jambes sont là, et malgré la pluie, le mental aussi.

Je prends un premier gel, la faim se faisant sentir mais je sens déjà que mon bide a décidé de ne pas être très coopératif aujourd’hui.

On s’attaque à la montée vers La Giète et le temps est vraiment pourri. Rafales de vent latéral, pluie sous forme d’averses bien fraîches, ça pique ! Et la montée est bien bien raide.

On s’arrête au milieu de l’ascension pour prendre une décision qui mentalement me fait mal, mettre la veste imperméable ! A partir de ce moment, je comprends que rêver d’un beau soleil est illusoire et qu’il va falloir s’arracher plus que prévu pour aller au bout de cette course qui sur le papier, ne me faisait vraiment pas peur. Jusqu’à ce moment où j’enfile ma veste… Coup de moins bien, la fameuse question qui trottine dans ma tête pourquoi suis-je là dans cette galère ?

On continue encore quelques centaines de mètres pour atteindre le 2e point de contrôle de la course, on a froid mais on est là !

La Giète : 20,9 kms depuis le départ –  3h50 de course – 1625m de D+ – 963e

On carbure toujours au coca pour calmer le ventre et on attaque la descente vers Trient où nous devons retrouver nos familles. Gros gros coup de boost en vue !

On avale la descente comme des dingues pour presque gratter une quarantaine de places. La descente en sous-bois est un régal. Ca ne glisse pas trop, et les petits pas chaloupés de Fab pour éviter racines et rocailles m’éclatent. Je me glisse dans ses pas, c’est que du bonheur !

Et ce ne sont pas les deux chutes (une de chaque côté) qui nous feront ralentir. On est vraiment bien alors on enquille les hectomètres de descente.

On avait prévu d’être à Trient entre 13h30 et 14h00. On arrive finalement à 12h50. Nos familles ne sont pas encore arrivées. Pas grave, on les verra plus tard, à Vallorcine normalement. On remplit les gourdes d’eau, on avale quelques verres de coca. On prend du salé avec du bon fromage sur du pain. Régalade !

Trient : 25,7 kms depuis le départ –  4h34 de course – 1672m de D+ – 927e

C’est reparti pour LE gros morceau de la journée, la montée vers la Catogne. Il paraît que ça va piquer, et bien ça va piquer ! 700 mètres de dénivelé pour 3 kilomètres environ. On sert les dents et c’est parti. Il fait froid mais nous sommes nombreux et tous dans le même cas. Et malgré la pluie, on a une chance inouïe d’être là, alors on ne se plaint pas et on avance. Ca pique les mollets, ça chatouille le dos et alors ? On avance !

On perd pas mal de places dans cette bosse mais en tant que traileurs franciliens, c’est compliqué de s’entraîner pour des portions aussi hard.

Les Tseppes : 28,8 kms depuis le départ –  5h56 de course – 2354m de D+ – 986e

Encore un effort pour monter à La Catogne et il sera temps de redescendre vers Vallorcine où femmes et enfants nous attendent ! Et alors là, on va pas se mentir, on est entre nous, on commence à se connaître maintenant. Donc soyons francs, cette descente, c’est un calvaire. A flanc de montagne, de la gadoue rend impraticable les chemins. On glisse sur chaque foulée ou presque. Je me prends une bonne chute avec la fesse gauche qui atterrit sur une belle caillasse, esseulée, là, et il a fallu que j’atterrisse dessus. La classe ! La grande classe ! J’ai mal au poignet mais après avoir parcouru plus de la moitié de la course, on ne sent plus grand chose. On perd quelques places à cause de cette chute.

On profite des rampes d’eau pour se nettoyer les mains, les bâtons, les gants, tout ce qu’on peut à vrai dire.

On est au chaud sous la tente, le coca et la soupe coulent à flot. Nos familles ne sont pas là, elles nous attendent 2-3 kilomètres plus loin au Buet.

Vallorcine : 36,3 kms depuis le départ –  7h09 de course – 2521m de D+ – 998e

La reprise après ce ravito est dure. Les jambes sont lourdes et courir devient difficile. La moindre pierre à franchir semble être un sommet culminant à plus de 3000 mètres d’altitude. On se motive à coup de Sporténine et de coca. On n’arrive plus vraiment à relancer.

Et c’est là qu’on aperçoit nos familles. Pfiouuu la bouffée d’oxygène qui arrive au bon moment. Des câlins, des bisous, du réconfort, tout y est ! L’occasion de se délester du matos non obligatoire qui ne sera plus utilisé jusqu’à la fin. Je laisse la moitié de mes gels, le stabilisateur de la GoPro et j’en profite pour changer de t-shirt histoire de finir la course aux couleurs de JFEET quand même !

6 kilomètres de chemin plus ou moins plat nous attendent. On croise nos familles 3 fois pendant ces 6 kilomètres jusqu’au ravitaillement d’Argentière où démarrera la dernière difficulté de la journée, la montée vers La Flégère.

Sans prétention aucune encore une fois, je me sens très très bien. Les jambes vont bien, le mental aussi même si après 9h de course, je commence à en avoir un peu marre. Juste envie de rester posé sans rien faire, une grosse lassitude ! Mais impossible de ne pas aller au bout de ce périple fantastique. Alors on repart !

Argentière : 44,2 kms depuis le départ –  8h41 de course – 2767m de D+ – 983e

5 kilomètres d’ascension s’offrent à nous. Plus de 600m de dénivelé à affronter. C’est parti !

Fab part sur un rythme très rapide. Je suis sans me poser de question. C’est la dernière montée ! Après il sera temps de redescendre vers Chamonix pour profiter de la dernière ligne droite.

Fab me demande si je veux qu’on ralentisse. Le sentant bien, et même si je dois serrer les dents, les montées n’étant pas mon fort, je lui dis NON. Plus vite on monte, plus vite on arrive à La Flégère. On nous a annoncé 4 kilomètres de montée à Argentière. Je pense donc qu’il reste 500 mètres et comme j’en ai marre de monter, je place une accélération pour en finir avec cette ascension. Manque de bol, en sortant du bois, j’aperçois le ravitaillement, un kilomètre plus haut environ. Encore du dénivelé le long du télésiège au milieu des moutons et autres bouquetins (ça ressemble à un minotaure quand même non ?).

On arrive au dernier ravito avant Chamonix, on y est presque ! L’occasion de remplir une dernière fois les gourdes de coca, prendre un gel, et let’s go !

La Flégère : 49,2 kms depuis le départ –  10h09 de course – 3400m de D+ – 1000e

Ca y est, c’est l’heure ! La redescente vers Chamonix. Dans 7 kilomètres, je serai finisher de l’OCC 2017, une édition marquée par la pluie. La première partie de la descente est bien raide, ça tape dans les quadriceps, on sent bien les fibres cassées depuis ce matin. Mais on s’en fout, on s’accroche et on envoie, c’est le mental qui commande désormais.

Je pense à la chance que j’ai de courir dans un endroit aussi magnifique alors je profite de la descente pour me faire plaisir et attendre mon poto à plusieurs reprises. C’est pas demain que je vais retourner dans le coin alors je m’envoie un gros kiff en descente sous les yeux ébahis des coureurs que je double. Ils doivent se demander pourquoi j’ai encore autant d’énergie. L’entraînement les mecs, l’entraînement !

Une dernière pose pour prévenir ma femme et ma mère par texto que nous arrivons dans 2-3 kilomètres.

Fab me retrouve, et on est parti pour LE GROS KIFF de la journée, l’arrivée dans Chamonix.

Nos femmes nous attendent sur le côté à 100m de l’arrivée pour qu’on puisse terminer ensemble. Fab devant avec sa femme et ses filles, et moi derrière à quelques dizaines de mètres avec ma femme et ma fille.

Je ne suis pas ému, juste soulagé d’en terminer. Je suis finisher de l’OCC 2017.

Chamonix : 56,4 kms depuis le départ –  11h25 de course – 3463m de D+ – 1010e

Un grand merci à l’organisation et aux bénévoles. Les ravitaillements, le balisage, le retrait du dossard, tout est vraiment très bien géré. On a juste à avancer sans se préoccuper du reste, et ça c’est vraiment confortable quand on prend le départ d’une course.

Un énorme merci à ma femme et ma fille, qui me permettent d’assouvir ma passion et me suivent dans mes périples les plus fous même après de longues heures de route !

Un immense merci à mon pote Fabrice ! Quelle aventure, quel kiff, quel bonheur de partager ces 11h25 de course avec toi mon pote ! On va remettre ça c’est certain mais dans un pays exotique où il fait toujours beau s’il te plaît !

Merci à vous tous pour vos encouragements par texto, sur Facebook.

Et merci à ceux qui ne sont plus là mais qui restent dans un coin de ma tête et me permettent de faire encore quelques pas dans les moments difficiles.

Vendredi 1er août

Place à la récupération parce que 4500 calories de perdues, il faut les retrouver, et vite ! Ma femme nous dégote une super pizzeria un peu à l’écart du centre, Paradisio Pizza (20 via d’Aoste). Un pizzaïolo très sympa et des pizzas aussi gigantesques que délicieuses. Je n’en viendrai pas à bout en une fois, je la terminerai sur la route en rentrant vers Paris.

Parce que tout bonne chose à un fin mais que de nouvelles aventures arrivent bientôt !

  

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