“Mon premier marathon” par Géraud !

J’ai eu la chance d’accompagner Géraud dans la préparation de son premier marathon, à New York City !

Sa préparation, l’avant-course, LA course, l’après, il nous dit tout dans cette très belle prose…

“LES GARS, ON EST CHAUDS, ON TENTE LA LOTERIE DU MARATHON DE NEW YORK ? … OK !!!”

Voilà comment tout a commencé en février 2018 à l’issue d’un 10km en Floride avec 2 copains ! Nous achevions notre 3ème course en quelques mois. Comme beaucoup de résolutions de fin d’année ou de promesses faîtes à chaud nous aurions pu en rester là… mais non l’idée a eu le temps de germer et nous nous inscrivons à cette fameuse loterie où il y a 20        000 places pour 100 000 candidats !

Le 28 février les résultats tombent… J’ai ma place pour le marathon de New York City !!! Après l’excitation des premières minutes, je réalise très vite qu’il faut impérativement me préparer et surtout adapter mon entraînement aux conditions particulières de mon quotidien en Haïti. Et comme la route est longue il me faut de l’aide, c’est certain.

Me voilà à la recherche d’un plan d’entrainement : j’épluche les blogs, passe des heures sur YouTube et au fil des vidéos je tombe sur la page d’un coach sympa, simple et sans prétention : Jerem.

Je le contacte, on discute et c’est parti il devient mon coach pour la préparation de mes 4 séances par semaine pour les 6 prochains mois !

6 MOIS DE PREPARATION

Alors préparer un marathon en Haïti ce n’est pas ce qu’il y a de plus simple ! La salle de sport et le tapis roulant deviennent vite tes meilleurs amis. Croyez-moi ! Faire de long runs de 2h30 sur un tapis, c’est long, très long, très très long ! Mais comme dit le coach : “ça forge le mental”. Alors on ne lâche rien !!!

Jerem me prépare des séances sur mesure, adaptées à mes disponibilités et à mon rythme de vie, le pied quoi. Tout se fera sur tapis : test VMA, test FCM, test Yasso, sorties longues, fractionnés, footing relax, toute la panoplie de la prépa marathon y passe. Evidemment, dès que j’ai l’occasion, je profite de mes missions en montagne pour faire un peu de trail. Quel bonheur d’avancer et de pas stagner devant la fenêtre de la salle de sport !

Au fil des mois et des voyages les entraînements s’enchaînent et s’allongent. En France, en République Dominicaine, à Majorque et aux quatre coins d’Haïti, je me mets à aimer la course et j’avale entre 40 et 60 kilomètres par semaine. Depuis le début, l’objectif est simple pour le marathon : finir et tout faire en courant. Après quelques mois je me mets à penser à un chrono de moins de 4h (3h59 par exemple :)). Les premiers test sur semi-marathon se présentent et j’ai la forme. Je les boucle en 1h45, je suis fier comme un gardon, le coach lui me dit : «tu avais besoin de te rassurer, c’est fait, mais ça correspond aux allures théoriques». C’est vrai et il avait raison depuis le début de calibrer des entraînements à des allures qui au départ me semblaient trop rapides. C’est fou comme on se limite !

Comme l’entrainement est adapté et le suivi régulier, pas de blessure pas de sur-fatigue. J’apprends à écouter mon corps et je mange mieux, une semaine avant le jour J j’ai perdu 6kg et je me sens en forme.

01/11/2018 : DEPART POUR BIG APPLE

Dans l’avion je repense à tous ces entraînements et je me demande si je suis prêt ? Est-ce que je vais tenir ? Tous ces faux plats montants ne vont-ils pas me couper les jambes ? Et si je me blesse juste avant la course en glissant dans la douche ? (si si je vous assure beaucoup de questions bêtes). Avec ma Ninie (ma moitié) qui a fait le voyage pour me soutenir, on va chercher le dossard le vendredi. Là je me rends vraiment compte de l’ampleur de l’évènement : 52 000 coureurs ça fait du monde !

Pour être franc, je stresse beaucoup moins que dans l’avion, alors j’en profite : je fais des photos, visite les stands et évidemment dépense de l’argent ! La veille de la course, nous allons repérer l’arrivée dans Central Park et surtout les deux endroits où ma Ninie se postera (des heures durant… MERCI !!!) pour m’encourager : aux kilomètres 26 et 39. Même si j’ai bien étudié le profil de course (250m de dénivelé positif), je sais que mes deux repères principaux sont ceux où je retrouverai au milieu de la foule ma moitié qui m’encouragera sans réserve !

Alors oui c’est cliché, mais croyez-moi faire son premier marathon avec la personne pour qui vous voulez être au top chaque jour, la personne qui est toujours derrière vous même dans les choix les plus compliqués, la personne qui vous encourage à accomplir vos rêves même si ce ne sont pas les siens, la personne qui croit en vous et que vous ne voulez pas décevoir, bref la personne que vous aimez, ça booste grave ! Ça permet d’aller chercher ce tour de piste en plus, cette répétition de plus, ce kilomètre de plus… Et je sais que j’en aurai besoin !

4 NOVEMBRE : D-DAY

5h30, le réveil sonne ! On y est !!! YES LET’S FUCK DO IT ! J’ai préparé toutes mes affaires la veille, comme un écolier prépare son cartable avant la rentrée des classes, alors c’est simple, je m’habille comme un robot. Le ciel est dégagé mais il fait frais, 8 degrés ! J’ajoute donc une couche de vieux survêtements que je jetterai avant le départ.

6h15 je me dirige vers le métro de Time Square, les écrans de Broadway sont tous allumés mais il y a beaucoup moins de monde qui déambule à cette heure-ci. J’en profite avant de m’enfoncer dans le subway direction South Ferry. Mon ticket de métro que j’ai acheté la veille est périmé et ne passe pas ! Heureusement la générosité entre coureurs est au rendez-vous et John qui passe au même moment me donne un ticket valable. Après 30 minutes de métro qui ressemble à un défilé de déguisements ringards, nous arrivons à la station pour prendre le ferry jusqu’à Staten Island !

On m’avait dit « habille toi confortablement, l’esthétique tu t’en fous, tout le monde aura le même style que toi» je confirme !

7h05 le bateau part et je profite de la vue splendide depuis le 4ème pont : nous laissons les grattes ciels de Manhattan au loin, sous un ciel turquoise, et passons devant la grande dame bleue (la statue de la liberté) qui est magnifique, je réalise à ce moment-là que le décor de cette course est vraiment unique.

7h45 nous débarquons et je rentre dans l’interminable file d’attente pour prendre le bus jusqu’au village du départ…

9h30 je suis enfin au village ! il me reste 1h10 avant le départ qui vont très vite passer : repérage de mon numéro de voie, passage aux toilettes, crème nok sur les pieds et vaseline aux points qui vont chauffer, mise en route du MP3 et de la GoPro, quelques gammes et me voici déjà au pied du viaduc de Verazzano pour le départ !

Une fois l’hymne américain terminé, les canons sonnent le départ et je passe la ligne de départ au rythme de New York New York de Sinatra ! Du monde partout ! je ne perds pas d’énergie à doubler car je vais le regretter plus tard, je commence donc tranquillement. En plus, Il fait frais et j’ai besoin de bien m’échauffer. Je ne vois pas passer les 5 premiers km, et nous arrivons à Brooklyn.

Quelle ambiance ! Les concerts de rap, gospel, électro s’enchaînent et des supporters de tous les âges sont là pour nous encourager. C’est vraiment dur de résister à l’envie de faire des High Five à tout le monde, alors comme je suis là pour en profiter je joue le jeu. Je termine mon premier 10km en 58’38”, plus lent que ce que je voulais mais ce n’est pas grave, je kiffe !

J’arrive dans le Queens au semi en 2h01, je suis frais, je sens que j’en ai encore sous le pied donc tout va bien ! Plus on avance plus l’ambiance monte et les panneaux des supporters me font bien rire «Don’t trust a fart !; 1 runner out of 4 shits himself are you this runner ?; find a nice butt and follow it !; super power high five». Je sens quand même que les faux plats et les ponts vont vraiment avoir un impact dans cette deuxième moitié de course.

24ème kilomètre nous voici juste avant le Queensboro bridge qui va nous emmener à Manhattan, c’est une étape ou le mental est hyper important : il n’y a plus de supporter car nous sommes au-dessus de l’eau et surtout ça monte, ça monte ! Arrivé en haut du pont, j’ai les cuisses raides et mon allure a énormément diminué. Je n’attaque pas trop vite la descente pour que les muscles se relâchent et me voilà rapidement sur la First Avenue de Manhattan. Là j’ai la patate, vous savez pourquoi ? dans 10 blocs je retrouve ma Ninie !

Ma seule inquiétude est de la louper, mais non elle est bien là au rendez-vous ! Quel bonheur !!! Je suis boosté pour les 15 derniers km ! Enfin c’est ce que je croyais jusqu’au 33ème… D’un coup les jambes se raidissent à nouveau, la cadence de mes foulées chute, les faux plats m’achèvent et les premiers doutes arrivent. « Vais-je pouvoir terminer ? ».

La traversée du Bronx et de Harlem au rythme des rappeurs et DJ est vraiment difficile jusqu’au 36ème km qui nous amène sur la Fifth Avenue donc de retour à Manhattan. Là je me dis « mec, il reste 6km il faut tout donner, Central Park est au bout de cette ligne droite, ta Ninie t’y attend ! »

Cela ne me permet pas d’accélérer mais au moins je ne ralentis plus même si c’est encore un faux plat ! 38ème km, je rentre dans Central Park, la foule se resserre et l’ambiance est vraiment monstrueuse ; je me dis qu’ils sont tous là pour moi (je suis tellement concentré sur mon effort que je ne vois plus les autres coureurs). Le km 39 arrive enfin ! Je retrouve mon boost secret qui me dira après la course « on voyait que tu étais cuit, tu avais le regard hagard ». Comme on dit en anglais I put my shit together et je me lance pour les 2,2 derniers km. Ça passe vite (même si je suis hyper lent).

On entre à nouveau dans Central Park, l’allée des drapeaux est là et enfin la ligne d’arrivée se présente ! Il m’aura fallu 4h30 pour venir à bout des 42,2 km de ce marathon. 30 min au-dessus de l’objectif mais je dois dire que je m’en fous pas mal. Je suis finisher et je ne suis pas totalement mort même si j’ai les jambes bien cassées.

Le moment le plus dur de la course commence une fois la médaille récupérée car il faut marcher 45 min pour sortir de Central Park ! Tous ces coureurs qui boitillent et marchent lentement vers la sortie avec leur poncho bleu de finisher me fait penser à un épisode de The Walking Dead. Je retrouve ma Ninie, j’avale un burger bien gras et ensuite place à la récup.

C’est une aventure extraordinaire qui a duré plusieurs mois et qui restera marquée au plus profond de mes cuisses 😊. Ce qu’il faut en retenir c’est que le mental joue énormément c’est vrai, surtout quand on a des boosts secrets, mais je n’aurais pas pu faire cette course sans une préparation physique rigoureuse rythmée par les séances programmées sur mesure de Jerem ! Merci et on remet ça pour fin Janvier au Marathon de Miami : objectif, le faire en moins de 4h !